L’histoire du sionisme s’inscrit dans une volonté de réponse à une histoire bimillénaire de persécutions antisémites : des expulsions successives dans l’Europe chrétienne aux pogroms dans l’empire russe et au sommet de l’horreur que fût la Shoah. C’est dans ce contexte qu’est né en 1948 l’Etat d’Israël « ouvert à l’immigration des Juifs de tous les pays où ils sont dispersés » (Déclaration d’indépendance).
La situation nouvelle réside dans le fait que cette dispersion subie [1] dans l’histoire et plus encore aujourd’hui est désormais, dans la plupart des pays du monde (à commencer par les Etats Unis et l’Europe) choisie librement. Tout au long de son histoire, le Judaïsme a toujours été traversé par deux courants : l’un de repli sur soi, la plupart du temps subi parfois volontaire, l’autre d’ouverture et d’interaction avec le monde environnant. Chacun sait combien la pensée juive en Diaspora a été riche et féconde : du Talmud de Babylone à la démarche de Philon d’Alexandrie confrontant le Judaïsme à la pensée grecque comme le fera à son tour Maïmonide, de Moses Mendelsohn qui confrontera le Judaïsme aux Lumières aux penseurs comme Hermann Cohen, Franz Rosenzweig, Martin Buber et Emmanuel Lévinas à la Philosophie allemande.
Aujourd’hui dans cette construction européenne, qui progresse malgré toutes les difficultés, la judéité a sa place, héritière du passé juif de l’Yddishland disparu et du Judaïsme de Salonique ou du Maghreb elle doit pouvoir continuer à produire de la richesse intellectuelle et culturelle et surtout participer à l’édification d’un espace de tolérance, de respect mutuel et de « Vivre ensemble »
Plus de 60% de la population juive mondiale vit aujourd’hui en Diaspora [2] Même si comme le notent les statisticiens de l’Université de Jérusalem on peut tabler sur une augmentation de la population juive en Israël de 1,3% et une diminution en Diaspora de 0,3 % et qu’Israël est en passe de devenir la plus importante communauté juive devançant les Etats Unis [3] le rêve sioniste d’accueillir tous les Juifs du monde sur la Terre d’Israël ne se réalisera pas et il est probable qu’Israël ne représentera jamais qu’à peine la moitié de la population juive mondiale.
Il nous semble donc nécessaire de tirer les conséquences de cette situation en reconnaissant symétriquement les rôles essentiels et égaux d’Israël et de la Diaspora dans la vie juive mondiale sans qu’il y ait nécessité de se référer constamment à une quelconque prédominance ou centralité. En son temps, le Président du Congrès Juif Mondial Nahum Goldmann prônait déjà un tel équilibre. Il nous semble plus que jamais indispensable.
Attachés à l’existence de l’Etat d’Israël, nous n’acceptons aucunement sa propension à parler au nom de l’ensemble de tous les Juifs.
26 juin 2009