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Malaise des banlieues

mise en ligne: novembre 2005



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Communiqué de presse du Cercle Gaston-Crémieux 9 novembre 2005

Redonner de l’espoir à une jeunesse à la dérive

Au-delà de ses aspects immédiats consternants et que l’on ne peut que condamner, la « jacquerie » des jeunes des banlieues contribue à induire dans notre pays des risques de dérive politique particulièrement inquiétants.

Les inégalités dont souffrent les banlieues des grandes villes sont d’abord économiques et sociales, tout le monde le sait et le répète à l’envi à juste titre. Mais elles sont aussi et fondamentalement la résultante de réflexes discriminants voire racistes que la France, au-delà de tous les beaux discours, ne parvient pas à extirper. Il suffit de regarder quelques minutes à la télévision les jeunes de ces quartiers qui acceptent de s’exprimer par la parole, qui exhibent avec fierté leur carte d’identité nationale et qui crient leur douleur et leur rage de ne pas être reconnus comme Français à part entière, pour comprendre que les inégalités sociales ne sauraient tout expliquer !

Il est grand temps, comme le déclarait de façon aussi étonnante que légitime au Monde daté du 8 novembre le ministre « de la promotion de l’égalité des chances », Azouz Begag, de « donner à la France le goût de la diversité ». Nous ne saurions mieux dire. Mais que n’a-t-il mis en œuvre ce principe essentiel, ne serait-ce que de façon parcellaire, en tant que ministre ! Le précédent gouvernement et le sien n’ont pas pris la moindre initiative en ce sens mais ont au contraire mis de façon navrante un terme à toutes les mesures prises par la gauche en vue de prévenir les explosions que l’on constate aujourd’hui (développement de la police de proximité, encadrement associatif des jeunes, lutte prioritaire contre leur chômage, etc.).

Oui il faut donner à la France le goût de la diversité, parfaitement compatible avec son principe fondamental d’indivisibilité (le premier mot de la Constitution !). Il faut reconnaître formellement que son patrimoine est multiculturel, comme celui d’autres grandes démocraties, et que toutes les cultures qui en sont les composantes ont droit par principe au respect, pour autant qu’elles respectent elles-mêmes les autres. Cet apprentissage d’une cohabitation culturelle interactive ne va pas de soi. Sa mise en œuvre effective demande du courage et aussi du temps.

Dans l’urgence, il faut bien sûr tenter de rétablir au plus vite le calme. Mais pour gérer en profondeur cette crise vraiment sérieuse, c’est un véritable projet de société qu’il faut se mettre en situation d’énoncer, qui ne saurait se réduire à quelques promesses pas plus crédibles que les précédentes, à des mesures aussi stupéfiantes qu’improvisées (l’apprentissage à 14 ans !), le tout assorti de mesures répressives qui, dans la logique actuelle, ne peuvent que devenir de plus en plus lourdes et arbitraires.

C’est l’espoir en son avenir qu’il faut tenter de rendre à une jeunesse dans le meilleur des cas désabusée et dans le pire habitée d’une violence tout aussi désespérée que vengeresse. Il y va de la solution durable de la crise actuelle, il y va aussi de la prévention des risques de remise en question dramatique de la démocratie française, telle que l’ont forgée des siècles de luttes politiques, sociales et culturelles.

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