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TRIBUNE LIBRE L’Etat d’Israël n’est pas le directeur de conscience de chaque juif de France

mise en ligne: mercredi 4 février 2009



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L’Etat d’Israël n’est pas le directeur de conscience de chaque juif de France

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Je suis français de culture juive, et pourtant je n’adhère absolument pas aux déclarations d’allégeance à la politique israélienne claironnées par ceux qui s’autoproclament « représentatifs des institutions juives de France ».

Je dénie à l’Etat d’Israël la faculté de pouvoir se considérer comme le garant « naturel » de mon droit à me réclamer de mon identité juive. J’appartiens au cercle Gaston-Crémieux, cercle de réflexion juif, laïque, diasporiste, engagé à gauche, qui a toujours récusé la prétention à la centralité que, d’emblée, l’Etat d’Israël s’est arrogé par rapport aux diasporas juives à travers le monde ; car l’Etat juif – tel qu’il s’est dénommé - n’est pas pour autant l’Etat de tous les juifs lesquels vivent au sein des nations et qui sont porteurs de cultures façonnées par l’histoire.

Pourquoi est-il si important aujourd’hui de s’opposer à cette volonté d’Israël à être « central » dans le vécu de la judéité de chacune des diasporas juives ? En quelque sorte à vouloir, s’agissant de notre pays, que chaque juif de France se sente d’abord israélien ? Parce qu’à l’heure où les exactions commises par les autorités israéliennes à l’encontre du peuple palestinien soulèvent une forte émotion, il est capital d’essayer d’éviter l’amalgame entre juifs de France et Israéliens, amalgame qui porte en germe le danger d’une forte vague antisémite.

Récuser cette prétention à la centralité de l’Etat d’Israël, c’est combattre l’idée diabolique que chacun des juifs de France est un agent de propagande et de légitimation de la politique israélienne. Sur quoi repose cette revendication israélienne de pouvoir exercer, par sa seule existence, un véritable leadership sur la judéité mondiale ? Sur une lecture fondamentaliste des récits constituant les mythes fondateurs du judaïsme, en un mot de la Bible, lecture qui court-circuite, met entre parenthèses, le vécu millénaire des diasporas mondiales et leur riche réalité. Car, ne l’oublions pas, l’essentiel de l’apport du judaïsme au patrimoine mondial de l’humanité s’est exprimé en diaspora et ce, depuis la plus haute Antiquité. En matière de culture religieuse n’est-ce pas le Talmud de Babylone -fruit de l’exil- qui fait autorité…face à celui de Jérusalem ?

Le concept d’Etat-Nation, avec toutes les dérives qui sont celles de l’idéologie nationaliste a toujours eu un rôle moteur pour l’Etat d’Israël. On ne peut en dire autant des cultures juives au travers de leur longue histoire.

Cette volonté de « captation » de l’essentiel de la judéité mondiale s’est portée également sur un autre registre, celui de la mémoire de la Shoah. Par une politique délibérée les autorités israéliennes se sont instituées détentrices uniques de cette mémoire. Le scandale –traduction du mot hébreu Shoah- survenu durant la Seconde guerre mondiale interpelle la conscience humaine universelle et ne devrait donc pas être monopolisé ni instrumentalisé par un Etat, parce qu’elle n’est pas une « histoire de Juifs », qu’ils soient d’Israël ou de la diaspora. Et pourtant sans s’en rendre compte, ils sont nombreux ceux qui entrent dans le jeu d’Israël et partagent cette lecture de la mémoire de la Shoah. Quand ils reconnaissent l’Etat d’Israël comme unique dépositaire des victimes de l’Holocauste, ils en font un Etat-victime, Etat- victime qui devient bourreau lorsqu’il opprime le peuple palestinien. Ce télescopage victime/bourreau conduit certains à des rapprochements qui constituent des contresens historiques : étoile de David et croix gammée, Tsahal et la Wehrmacht, le territoire de Gaza et celui du ghetto de Varsovie … Voilà pourquoi il me semble important de dénoncer cette tentative permanente de l’Etat d’Israël de faire une « opa » sur la judéité mondiale et en l’occurrence sur la judéité française.

Trancher le nœud gordien qui, aujourd’hui, semble devoir river les Juifs de France à la politique israélienne est un enjeu majeur pour la cohésion sociale dans notre pays qui, rappelons-le, concentre par rapport au reste de l’Europe, à la fois les plus fortes minorités de personnes de cultures arabo-musulmanes et aussi de cultures juives.

Elio Cohen Boulakia (février 2009)

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