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Judéïté non religieuse

mise en ligne: jeudi 19 février 2009



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CONTRIBUTION AU FORUM CGC : JUDEITE NON RELIGIEUSE

Spinoza, Marx, Freud, Einstein, tous ces juifs non religieux , ont tous éprouvé le besoin, chacun à sa manière, de se situer par rapport à leur statut de juif. Pourquoi pas nous, pourquoi pas moi ?

Membre du cercle Gaston Crémieux, je suis un parmi vous. Pourquoi ? Parce que comme vous, je me revendique comme juif, engagé à gauche, et refusant de laisser se réduire mon identité de juif aux seules références habituelles relatives à la religion, à la Shoah, à l’Etat d’Israël. Pourtant comment peut-on se percevoir comme juif en dehors de ces repères ? Difficile tout de même de se définir d’une façon entièrement négative. Ma réponse passe d’une part par un débat que j’ai eu avec moi-même concernant ces critères d’où il ressort que le mot clé est l’ambivalence (non l’ambigüité) et d’autre part par l’émergence du concept fécond de culture diasporique comme entité propre.

Pour la religion,

j’ai choisi l’athéisme ; remarquons que ce mot d’athéisme s’articule autour d’une sorte de gond qu’est le mot Dieu, même si c’est justement pour le nier. J’ai donc choisi l’athéisme, en accord avec mon adhésion à la philosophie du matérialisme historique et dialectique. Quant à l’héritage religieux, c’est à dire la bible et les fêtes juives, je ne les rejette pas totalement, mais je les considère comme des œuvres humaines, générant une certaine culture, et non comme des textes révélés. Dieu créa l’homme, et en remerciement, l’homme créa dieu ; voilà un excellent raccourci !

Quelle place occupe une telle position dans la nébuleuse juive. ?

Pour me repérer, une construction mentale s’est imposée à moi, celle d’une structure sphérique à plusieurs couches, un peu comme une planète. Au centre se trouve le noyau dur des orthodoxes, fermés sur eux-mêmes et sur leurs convictions, aveugles et sourds à tout ce qui n’est pas eux-mêmes, les élus. Ils sont néanmoins le support principal de la pérennité du sentiment d’être juif à travers les millénaires ! Dans la couche moyenne, se trouvent des juifs qui se revendiquent comme tels, croyants ou non, mais perméables aux signaux qui leur parviennent de leur environnement social, politique, économique ou artistique ; les exemples ne manquent pas qui illustrent la fécondité de cette situation. Enfin dans la couche périphérique, se situent les juifs qui s’évaporent, s’assimilent et oublient complètement leur origine. Je me situe donc dans la couche moyenne, attentif et à l’histoire de la communauté à laquelle j’appartiens, et à mon environnement.

Israël, ah Israël.

D’un côté, pour moi, Israël existe à cause d’une donnée fondamentale générée par des facteurs complexes et prolongés aboutissant tous à un désir profond, incontournable, d’une fraction importante de la population juive d’avoir un chez-soi bien à soi, la preuve historique ayant abondamment été faite, que vivre chez les autres s’accompagne toujours à un moment ou à un autre d’une menace vitale de destruction. J’ai vécu un tel moment et c’est sans doute pourquoi je me sens obstinément solidaire de cette partie de la population juive, sans jamais la condamner. D’un autre côté, hélas, à partir de ce terreau, indiscutable pour moi, ce que j’ai condamné et n’ai pas respecté c’est l’instrumentalisation dont ce désir a fait l’objet localement( en Israël même, avec l’instrumentalisation de la sécurité) régionalement ( les pays arabes se servant de ce problème pour se pérenniser) et internationalement ( se servir d’Israël comme élément de rapport de forces pour dominer la région pétrolofiquement parlant.) On l’a compris, je suis habité par l’ambivalence sur ce problème. Je me sens solidaire des juifs qui veulent avoir leur chez soi en dépit des difficultés mais moi, je reste vivre en France. C’est ce pays qui a contribué à me construire, culturellement et aussi vitalement en me soutenant après-guerre en m’ouvrant les portes des études (grâce à ceux qu’on nomme les dragons noirs de la République, malheureusement disparus).

Reste la Shoah.

J’ai bien failli me sentir juif uniquement par rapport à cette tranche historique tant j’en ai souffert, un parmi d’autres connus de moi, tous ashkénazes. En grandissant, j’ai découvert les autres entités juives : les sépharades, les juifs des Balkans, les Saloniciens, etc. Et aussi la haine de juifs entre eux : les juifs d’Aquitaine contre les juifs alsaciens, celles des juifs alsaciens contre les immigrants de l’Europe de l’Est. Une histoire humaine en somme. Là encore je retrouve ce sentiment d’ambivalence : si la Shoah a été un ressort puissant pour me sentir juif, en tout cas pour ma génération, il est impossible de réduire le sentiment d’être juif à ce seul paramètre. Voilà donc l’ambivalence avec laquelle je gère ces facteurs inévitables entrant dans la composition de mon sentiment d’être juif : religion, Israël, Shoah. Comme je l’ai dit, même si je ne les rejette pas, ils sont insuffisants pour me définir.

Alors, qu’est-ce qui me définit, positivement, en tant que juif ?

C’est une notion fabriquée par 2000 ans d’histoire : la diaspora ! Un vécu vieux de 2000 ans – ce n’est pas rien – dans lequel a dominé une appartenance à un groupe minoritaire victime d’oppressions multiples et dans l’obligation de lutter pour survivre. Une telle situation aussi durable ne peut pas ne pas avoir généré un système de valeurs, une sorte de culture qui se suffit à elle-même. En même temps qu’il s’agit de faire preuve d’imagination pour survivre, le diasporicien est en situation de découvrir des choses nouvelles en provenance de son environnement majoritaire. Comme beaucoup d’autres j’ai pu constater que cette minorité juive a généré dans l’histoire des personnalités à partir desquelles la vision du monde n’était plus la même avant et après eux : Spinoza, Marx, Einstein, Freud, pour ne citer que les plus connus de tous. Qu’on ne se méprenne pas : je n’en tire aucune fierté spécifique, je constate. Je constate aussi qu’ils ne sont pas les seuls : Archimède, Galilée, Newton, Darwin, pour ne citer qu’eux, ont aussi changé notre vision du monde et ils n’étaient pas juifs ! Ce que je veux dire c’est que cette minorité juive, a donné naissance à des personnalités universelles dans des proportions inhabituelles. Mieux, ils sont issus de la minorité de la minorité, de la minorité non religieuse ! Je pense que ce ne peut pas être dû au hasard seul. Ils sont issus justement de cette fraction de la population juive qui sans renier ses origines, étaient à l’écoute de ce qui n’était pas eux.

Je sais qu’il existe d’autres minorités que la juive, mais je ne connais pas assez bien leur histoire. Je ne serais pas surpris qu’il existât le même genre de constat.

Je sens bien que cette question mérite d’être creusée, mais à tort ou à raison je pense que cette longue histoire diasporique a secrété un système de valeurs dans lesquelles le respect de l’autre qui respecte aussi, la justice, née directement du sentiment d’injustice, la dignité, née directement du sentiment d’indignité subie, l’humilité devant les faits, par exemple, occupent une place importante ; une culture, en somme qui se suffit à elle-même, autonome, et pour reprendre la première de couverture du dernier « diasporiques » une culture qui n’est pas « vouée à toujours s’enraciner dans le religieux ». Voilà ! En apparence, ce texte a pour raison d’être de répondre à la question : quel sens et quel contenu donner à une judéité non religieuse ? Et de le proposer aux autres. Ce qui est probablement partiellement vrai. Mais je me demande si, ce faisant, je n’ai pas répondu à mon propre questionnement : qu’est-ce que ça veut dire, Samy, que tu es juif ?

Docteur Samuel RAMSTEIN Pédiatre retraité sam.ramses@free.fr

Vous trouverez dans le texte joint l’ensemble de la contribution de Samy Ramstein doc77|left>

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Samy Ramstein









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