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Le Cercle Gaston-Crémieux

 Créé en 1967 à l'initiative de quelques intellectuels juifs soucieux d'affirmer la légitimité d'une existence juive diasporique sans inféodation à la synagogue ou au sionisme, le Cercle Gaston-Crémieux a pour objet "de susciter des confrontations, recherches, libres débats et actions sur les questions soulevées par le fait juif, en France et dans le monde". Ce Cercle porte le nom d'un avocat juif comtadin, ardent militant de la République sociale, communard marseillais fusillé en 1871 ; il est aujourd'hui reconnu en tant « qu'organisme d'intérêt général à caractère culturel et philanthropique ». Le Manifeste fondateur de 1967 affirmait que « les diasporas constituent pour les Juifs un mode d'existence original, qu'un long passé a rendu naturel, fructueux et vénérable, où s'est déposé le meilleur de la tradition universaliste des Juifs ». Quarante ans plus tard, cette assertion conserve pour nous toute sa valeur.

Le diasporisme et la laïcité

 Nous nous affirmons comme Juifs laïques et diasporiques. Ceci vaut pour la grande majorité mais non la totalité d'entre nous puisque des « non-Juifs » font également partie du Cercle à part entière. À partir de là, quelques différences apparaissent entre nous, comme il est naturel. Elles peuvent porter sur notre façon de nous décrire comme juifs : par « filiation », par « volonté », par « culture », par « histoire », etc. Sur notre conception de la « laïcité » : faut-il lui donner seulement sa définition la plus courante (liée à la séparation des Églises et de l'État) ou une interprétation plus large (la reconnaissance des cultures en tant que composantes essentielles de l'espace public) ? Ou encore sur nos pratiques : ainsi certains d'entre nous se sont occasionnellement rapprochés des milieux synagogaux libéraux, notamment avec la volonté d'une « transmission » de leur judéité à leurs enfants, alors que d'autres demeurent très éloignés de quelque forme que ce soit de pratique religieuse ; certains marquent de façon systématique diverses étapes du « temps juif », d'autres non , etc. Certains d'entre nous vont jusqu'à s'affirmer « diasporistes », ce néologisme permettant à leurs yeux d'afficher une volonté politique bien déterminée. Ce qui nous rapproche fondamentalement, au-delà de ces nuances d'expression, est le sentiment de nous inscrire dans une longue histoire partagée, douloureusement et irréversiblement marquée par les violences de l'antisémitisme sous toutes ses formes et par l'abomination du génocide hitlérien. Mais aussi dans une histoire riche des contributions politiques, sociales, culturelles, scientifiques et techniques des Juifs à l'évolution de l'humanité. Il ne saurait en tout cas être question pour nous de délivrer de quelconques certificats de judéité : nous sommes pleinement conscients de l'extrême diversité des formes de rattachement possible à cette entité, fort heureusement floue dans sa définition et ses frontières, qu'on appelle le « peuple juif». Nous nous en sentons collectivement partie prenante tout en demeurant libres, individuellement, de ne pas vouloir nous laisser enfermer dans cette appartenance. Et nous récusons absolument que cette entité puisse, de quelque façon que ce soit, être « représentée » par une instance considérée comme un interlocuteur légitime par les pouvoirs publics.

L'Etat d'Israël et le conflit du Proche-Orient

 Non sionistes, nous n'en sommes pas moins attachés à l'existence de l'État d'Israël, un État dont la création s'est accompagnée de spoliations au détriment des populations palestiniennes mais dont on ne peut nier la légitimité historique, renforcée par le poids décisif de sa reconnaissance formelle par les Nations-Unies en 1948. C'est au nom du même respect du droit des peuples que nous nous sommes déclarés en totale adhésion avec les propositions formulée par « l'initiative de Genève ». La création d'un État palestinien de plein exercice est pour nous d'une évidente nécessité. De justes compensations doivent être accordées par la communauté internationale aux Palestiniens pour les préjudices qu'ils ont subis, mais ce ne saurait être au prix d'une remise en question des prérogatives fondamentales de l'État d'Israël et notamment d'une contestation de sa souveraineté en matière de politique d'immigration. Cela étant, notre attachement à l'existence de l'État d'Israël 1) ne nous empêche en aucune manière de juger voire de condamner la politique qu'il mène et 2) ne saurait nous conduire à lui reconnaître une quelconque centralité dans la vie juive mondiale, dont nous continuons à penser qu'elle s'exprime complètement dans le diasporisme

Les autres cultures, l'Europe, la gauche

 Notre engagement diasporique nous conduit tout naturellement à rechercher des alliances avec des courants de pensée très divers, épris comme nous d'interculturalité, dès lors que nous partageons les mêmes valeurs et éprouvons un respect mutuel. C'était l'objet même de la revue trimestrielle – Diasporiques – que le Cercle a publié jusqu'en 2007 que d'avoir été le support d'échanges de cette nature, à l'échelle française et, de plus en plus, à l'échelle européenne. Désormais la revue Diasporiques / Cultures en mouvement co-éditée par l'association Diasporiques et la Ligue de l'Enseignement n'a plus de lien direct avec le Cercle Gaston Crémieux mais se situe néanmoins dans cette perspective . Enfin, ce qui nous réunit est notre insertion à gauche sur l'échiquier politique. On peut sans doute être juif diasporique et de droite ! Tel n'est pas notre cas, pour des raisons et avec des perspectives que nous avons explicitées dans l'ouvrage intitulé Valeurs, cultures et politique * . L'enjeu culturel pourrait bien être, en fait, au cœur des préoccupations de nombre de nos concitoyens, même s'ils n'en ont pas explicitement conscience ou que, par une sorte de réserve républicaine, ils en minimisent à leurs propres yeux l'importance. Il y a là un thème de réflexion et d'action potentiellement unificateur et mobilisateur pour une gauche qui, sans abandonner son combat prioritaire contre les inégalités, l'aborderait de front au lieu de laisser la droite, et pas seulement extrême, en faire un cheval de bataille aux relents nationalistes et xénophobes. Le fonds culturel d'une société en mouvement mérite mieux que ce préoccupant abandon ! Œuvrer en ce sens aurait en fait un double mérite : permettre à la gauche de reconquérir un champ d'intervention où elle aurait tout à gagner et relancer la dynamique de construction d'une Europe authentiquement fédérale, respectueuse des histoires des nations et des peuples qui en sont constitutifs. N'est-ce pas là le seul modèle qui soit aujourd'hui véritablement susceptible d'emporter une large adhésion ?

* supplément au numéro 37 de Diasporiques dont nous reproduirons de larges extraits dans ce site

 

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dernière mise à jour : 24 mai 2011

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